Sandrine Mutel

Sandrine Mutel

ArtEthic Galerie présentera une nouvelle exposition des dernières œuvres de Sandrine Mutel du 4 avril au >27 avril 2024.

La précédente exposition avait connu un grand succès avec sdes oeuvres présentées sur les thèmes  des arbres et de la mer : les vergers de Dordogne, les oliviers de Grèce, les côtes rocheuses qui se confrontent et se mélangent à la mer, en Grèce.

Pour vous présenter Sandrine Mutel,  ArtEthic Galerie lui a posé quelques questions.

Qu’avais tu exposé à la Galerie en 2023 ?

Un morceau de vie ! J’ai lâché mon atelier de Dordogne et je pars en Grèce. Je suis en transition. Une période vient de se terminer, liée à un atelier, à une région, présente ici avec les tableaux peints en Dordogne. Une nouvelle période commence que j’espère joyeuse, moins nostalgique ; un travail nouveau, presque un détour pour apprendre à lâcher prise avec une plus grande liberté, représenté par ces tableaux peints en Grèce et dont la matière est très lâchée. 

Quel est ton parcours ?

Je suis née à la mer, à Dieppe. C’est quelque chose de très présent, le rythme de la mer. Je pense que mon univers vient de ma petite enfance. Quand j’étais à Dieppe, mon jeu favori était, à partir d’un carré de verre, de faire de la « patouille » avec n’importe quelle matière et de la voir se diluer, avec une goutte d’eau. Cette métamorphose m’émerveillera toute ma vie. C’est toute l’histoire des palettes.

A Rouen, j’ai fait des études de droit et je suis devenue avocate, très investie dans ce métier pendant 10 ans tout en continuant à peindre. Puis je me suis totalement consacrée à la peinture ; basculer ne m’a pas demandé de longues réflexions !

Je me suis ensuite installée à la campagne en Normandie près de de Giverny, le fief des impressionnistes. J’ai compris leurs inspirations, car il y a là-bas des ciels incroyables. Ils le disaient et ils ont eu raison ; ils ont essayé de les peindre et ils ont eu raison. La nature, certes un peu menacée, y est très belle, très abondante.

Durant cette période J’ai découvert la Grèce et cela a été, et c’est encore, une grande histoire d’amour avec ce pays et l’art des icônes. Pendant deux ans, j’ai peint des icônes à l’institut Saint Serge à Paris. Elle est académique au sens où il y a des règles, une discipline, un regard. J’ai beaucoup appris en peignant les icônes,  même si cela n’a rien à voir avec la liberté que j’ai prise ensuite dans ma peinture.

Puis je suis partie en Dordogne, avec un côté collines et un côté bois et là, j’ai approfondi le travail des arbres ; c’est extrêmement puissants les arbres en Dordogne car la nature y est restée sauvage.

Aujourd’hui, je poursuis mon travail dans les pays plus arides comme l’Italie, la Grèce où je pars m’installer. Je retrouve la mer mais je garde en moi cette abondance qu’il y a dans la nature en Dordogne.

Quelles sont tes inspirations ?

Les arbres avant tout, mais aussi la lumière , la matière, les motifs…

La lumière, là où elle se place et où on l’attend le moins ; pas un grand coucher de soleil même si cela peut être fantastique. J’aime la lumière quand elle peut être discrète, quand elle nous appelle comme derrière les branches d’un arbre, ou dans les feuilles ; quand elle vient et s’en va selon le vent. J’aime bien que la lumière vienne de derrière mes tableaux. Pour les personnages, c’est une dimension spirituelle, je veux que la lumière vienne derrière l’homme ou la femme que je peins.

La matière : les murs de mon atelier que j’ai moi-même rénové, avec ses rugosités, ses différences de couleur…,  toutes les traces m’inspirent beaucoup. 

Quelle est ta démarche artistique ?

Ma démarche est de travailler la peinture en tant que matière, avec les quatre éléments. Concrètement, soit par la couleur, soit par la façon de poser la matière, soit par le motif, il faut absolument qu’il y ait de l’eau, de l’air, du feu et de la pierre. Ces éléments interagissent, certains vont donner de la dynamique et d’autres, comme la pierre, vont l’éteindre.

Les interactions entre ces éléments sont présentes dans notre corps, selon la pensée orientale, dans le taoïsme. On les retrouve aussi en littérature d’après Bachelard. On est fait des quatre éléments, et lorsqu’ils sont tous là, on se trouve en pleine harmonie. 

Voilà profondément ma démarche artistique, au-delà du choix du motif, au-delà de la figuration.

Comment travailles-tu ?

Je travaille toujours en intérieur, jamais sur le motif. Je n’utilise pas la mémoire du motif mais tous les autres sens, ce que j’ai touché, ce que j’ai senti. Si j’ai fait une balade et que j’ai ressenti une émotion sous tel arbre, je vais rêver l’arbre ; je vais le revoir aussi, non pas pour le peindre tel qu’il est, mais pour le remettre à l’intérieur de ma première impression. 

Au niveau de ma palette, je fonctionne par envies. Ainsi, si j’ai une envie de bleu, de « manger du bleu », j’en mets plein sur ma palette, des bleus plus froids, des bleus plus chauds, et en étalant des tonnes de bleus, l’idée va jaillir. J’attends que cela monte, que cela devienne assez puissant pour aller à l’acte de peindre.

Je suis parfois émerveillée par de toutes petites choses. Je me rappelle d’un tableau pour lequel je ressentais un manque. Je suis allée à la pêche, et au fond de l’eau, j’ai vu des petits cailloux de toutes les couleurs renforcées par les croisillons de l’eau. Je suis repartie émerveillée par l’abondance de toutes ces couleurs de la nature, et cela m’a permis de revenir au tableau.

Quels sont tes peintres préférés ?

J’adore Bonnard. J’ai peint dix ans au même endroit que lui, en Normandie. Je me suis imprégnée de son univers presque tous les jours. J’aime sa démarche. Ses tableaux me font rêver parce qu’ils ont un côté enfantin. Un peintre doit souvent se rappeler de l’enfance.

Pour le motif, la douceur, j’aime Gauguin. Il est baigné par la nature. Tout le tableau est traité de la même manière, de l’arbre au pied du personnage. Cela donne non seulement une cohérence mais on flotte et cela est un but : faire flotter et flotter. Ce que j’aime beaucoup aussi, c’est qu’il y a un lien très intéressant avec les icônes.

C’est bien plus tard que j’ai aimé Picasso, car il m’a fallu du temps pour comprendre ce qu’il a apporté, comprendre son génie. J’aime les peintres qui font franchir des paliers de liberté, et lui en a franchis. C’est pour cela qu’il a tout déconstruit, disant : « ensuite tu peux tout reconstruire mais à ta manière ».

Qu’est ce qui te rend joyeuse ou triste ?

Énormément de choses me rendent triste donc je n’en fais pas la liste.

Ce qui me rend joyeuse :  la mer, le bord de mer, la nature, le sourire de certaines personnes que je croise dans la rue. Des personnes sont à la terrasse d’un café, le serveur arrive, ils échangent un sourire. Tout est là, c’est comme un soleil. Et de façon plus intime, je pense à mes filles, c’est de la joie, du bonheur, bien sûr. Cela compte beaucoup le sourire de mes filles. Dans les moments de doute, cela vous ramène à la beauté. 

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